Réflexions ouvrières

10 décembre 2016

Le parti de Rambo Gauthier : un projet complètement étranger aux intérêts de la classe ouvrière

C’est chose faite, Rambo Gauthier, le syndicaliste qui ne s’en est pas laissé imposer lors de la Commission Charbonneau, vient d’annoncer qu’il se lance en politique avec un nouveau parti. Il nous dit que les partis actuels ne satisfont pas les besoins des travailleurs et des travailleuses et qu’il faut en découdre avec l’establishment politique au pouvoir. C’est juste : une grande partie des travailleurs et des travailleuses, en n’allant pas voter, montrent à chaque élection qu’ils et elles ont déjà compris que les partis en lice, voire le processus électoral lui-même, ne servent pas leurs intérêts.

En l’entendant ainsi parler au nom des gens ordinaires, dénoncer «l’élite», et refuser avec justesse l’hypocrisie des accusations d’intimidation portées contre lui par la justice libérale anti-syndicale, on peut avoir l’impression que Rambo Gauthier est un authentique représentant de la classe ouvrière, et que son projet politique constitue une véritable alternative au statu quo. Or, pas besoin de creuser profondément pour s’apercevoir que les apparences sont trompeuses. En effet, on se rend vite compte que quelque chose cloche lorsqu’il dit que l’immigration et les accommodements raisonnables constitueraient l’un des problèmes importants vécus par les québécois(e)s des régions. Il laisse entendre que les grandes villes seraient envahies par des hordes de musulman(ne)s et qu’il faudrait en préserver les régions. Or, ce discours mystificateur et mensonger est précisément celui des fameuses «élites» politiques et médiatiques qu’il prétend dénoncer. Les travailleurs et les travailleuses du Québec ont des problèmes bien réels, mais ce ne sont certainement pas les fidèles de l’Islam qui en sont responsables!

Est-ce que la ministre Lise Thériault et la PDG de la CCQ Diane Lemieux portaient le voile islamique lorsqu’elles ont travaillé activement à l’élimination du placement syndical? Quelle est la nationalité des employeurs qui n’embauchent pas des ouvrier(e)s de la construction sur la Côte-Nord? Qui a aboli 340 emplois à l’usine Olymel de Sainte-Hyacinthe, et près de 500 emplois à l’usine de biscuits Christie à Montréal? On ne retrouve pas beaucoup, voire aucun musulman parmi ces bandits capitalistes. Rambo Gauthier, qui prétend parler au nom des travailleurs et des travailleuses, n’est même pas capable d’identifier les véritables ennemis de la classe ouvrière!

Les capitalistes, pour assurer leur pouvoir, ont toujours cherché à dresser les prolétaires les uns contre les autres. Ils ont toujours profité des points de vue confus répandus dans certains secteurs de la classe ouvrière, surtout si ces points de vue stigmatisaient d’autres fractions vulnérables des masses populaires. À une certaine époque, on disait aux ouvrier(e)s que le problème, c’était les juifs. Aujourd’hui, on leur dit que cela serait les musulman(e)s. Bon nombre d’ouvrier(e)s confus(e)s s’approprient ces idées fausses, qui ne servent en fait qu’à faire diversion et à les empêcher de lutter contre leur véritable ennemi.

Rambo Gauthier nous dit qu’il va y avoir une guerre civile si les choses ne changent pas. La guerre civile, ou plus précisément la guerre populaire prolongée, est effectivement le seul moyen par lequel la classe ouvrière parviendra à chasser la classe capitaliste du pouvoir et à se libérer de sa domination. Cependant, Rambo, en déclarant qu’il cherche à l’éviter, se place dans le camp des capitalistes: il s’adresse à eux pour les enjoindre de lui confier les rênes de leur État afin que leur domination soit préservée de la révolte – légitime – des masses. En d’autres mots, il demande à la bourgeoisie de lui confier son épée pour qu’elle puisse sauvegarder sa bourse. Il se pose en ultime rempart contre la révolution prolétarienne. À savoir si la bourgeoisie lui confiera réellement cette tâche, l’avenir nous le dira.

Cet amour de Rambo pour la « paix sociale », imposée par la plus grande violence connue de l’histoire qu’est l’armement exclusif de l’impérialisme, s’harmonise également avec son appui indéfectible à l’armée canadienne et avec ses propositions de ramener la conscription. La guerre civile que Rambo veut empêcher ici, tout comme la guerre mondiale à laquelle il voudrait voir le Canada participer victorieusement, comme il l’a déjà affirmé dans sa biographie télévisée, c’est une guerre des capitalistes contre le peuple. Son ennemi n’est pas «l’establishment», mais bien tous les peuples dominés par l’impérialisme canadien, dont beaucoup font partie du « monde musulman », ainsi que la classe ouvrière canadienne, dont une partie considérable est constituée de minorités visibles et dont les femmes – que Rambo propose également de renvoyer à la cuisine dans la même biographie télévisée – composent plus de la moitié.

Gauthier est une sorte de comédien assez habile qui joue à l’ouvrier de région révolté contre le système avec autant de vraisemblance qu’un personnage de téléréalité. Il essaie de nous expliquer que malgré son séjour de 6 ans dans l’armée canadienne, malgré ses ventes de livres et surtout malgré sa carrière passée «d’agent d’affaires» de la FTQ, où il a été dans les faits un formidable directeur de ressources humaines pour les entrepreneurs de la Côte-Nord, il comprendrait tout à la misère vécue par la classe ouvrière québécoise. Le hic, c’est que cette nouvelle vedette ne peut pas parler à la fois pour les entrepreneurs et pour les travailleurs et travailleuses de la Côte-Nord. Dans la lutte des classes, toujours, il faut choisir son camp. Gauthier a choisi le sien : celui de la bourgeoisie provenant des régions, mais aussi celui de la bourgeoisie dans sa totalité qui cherche à pérenniser sa mainmise sur le territoire canadien.

Il y a longtemps que la classe ouvrière ne s’est pas posée comme une actrice politique. Que des ouvrier(e)s souhaitent que leur classe s’exprime politiquement est une bonne chose. Encore faudra-t-il qu’elle se dote de représentant(e)s ayant un point de vue de classe juste lui permettant de se mobiliser et de s’unir autour d’un projet commun. Celui-ci doit être dirigé contre la classe capitaliste dans son ensemble et doit viser la conquête du pouvoir, et ce, afin que soit imposé un ordre socialiste devant mener au communisme. Par ses prises de position réactionnaires, Rambo Gauthier a montré qu’il n’était pas un représentant de la classe ouvrière, mais plutôt un autre chien de garde de la bourgeoisie.

LE PARTI «CITOYENS AU POUVOIR», C’EST ENCORE LE POUVOIR DES RICHES!

LES PROLÉTAIRES DE TOUTES LES RÉGIONS DU CANADA ET DE TOUTES LES ORIGINES DOIVENT S’UNIR POUR RENVERSER L’ÉTAT CANADIEN ET METTRE FIN À LA DOMINATION DE LA BOURGEOISIE!

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